Historique & Les scènes nationales

Les scènes nationales
Établissements décentralisés d’action culturelle, les scènes nationales sont les héritières des Maisons de la culture créées par André Malraux dans les années 1960 pour assurer dans les régions, au plus près des habitants, une présence artistique. Inspirées des courants de pensée des années trente, les scènes nationales donnent à l’art une fonction culturelle de circulation des idées, et politique, d’émancipation des citoyens. Amplifiée par Jacques Duhamel qui crée les Centres d’Action Culturelle, cette politique est développée par Jacques Lang, impulsant des Centres de Développement Culturels, dans des villes moyennes ou petites. Le paysage s’est unifié à compter de 1991, date à laquelle le Ministère de la Culture labellise tous ces établissements sous le terme générique de scène nationale, marquant l’engagement de l’Etat en faveur du spectacle vivant aux côtés des collectivités locales. Le territoire compte aujourd’hui 71 scènes nationales, dont neuf en Ile-de-France.

Une agglomération, trois théâtres
Durant trois décennies, les propositions culturelles sur l’agglomération de Cergy-Pontoise ont été portées et impulsées majoritairement par deux structures. D’une part une scène nationale avec sa tête une succession de direction depuis 1974 (Daniel Girard, Daniel Poignant, Jean-Marie Hordé, Vincent Colin et Jean Joël Le Chapelain à partir de 1999) et, d’autre part depuis la fin des années 80, une scène conventionnée aux écritures contemporaines, le Théâtre 95, dirigée par Joël Dragutin.
Les nombreuses tensions entre les directeurs successifs de la scène nationale et celui du Théâtre 95 n’ont pas permis à ces deux structures de travailler ensemble de manière constructive sur du long terme.

En 2017, le paysage local vit un changement majeur : la réunion de L'apostrophe scène nationale et du Théâtre 95, en prenant appui sur un nouveau projet artistique et culturel et l'émergence d'un pôle de création et de diffusion sur l'ouest francilien.
Ce rassemblement, fruit d’un audit mené en 2016, répond à des enjeux financiers mais aussi à la présence depuis de nombreuses années de directions inchangées dans les deux structures.
La volonté des tutelles est de déployer un projet plus en phase avec le territoire, et de créer une relation nouvelle entres les habitants, dans toute leur diversité sociale et culturelle, et les œuvres artistiques actuelles, innovantes dans le fond et dans la forme.

À travers ce nouveau projet de direction, la nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d'Oise prend corps en s'appuyant sur trois lieux durant deux saisons, puis à terme sur le Théâtre des Louvrais et le Théâtre 95. Avec la nomination de Fériel Bakouri cette nouvelle scène nationale se tourne vers un nouveau projet dans le sens de cette union sur le territoire.

L’apostrophe, la scène nationale, s’appuyait sur deux théâtres créés sur la ville nouvelle durant les années 70, gérés à l’origine par le CAC (Centre d’Action Culturelle) de Cergy-Pontoise :

Distants de quelques kilomètres, les deux théâtres des Arts et des Louvrais se trouvent sur deux territoires gouvernés par des hommes opposés politiquement depuis longtemps. Les bureaux administratifs se situent exclusivement au Théâtre des Arts à Cergy-centre, le Théâtre des Louvrais à Pontoise n’ayant pas de locaux ad hoc.

Le Théâtre des Arts, dans le premier quartier construit avec la Ville Nouvelle (Cergy-centre), au cœur d’un bassin de population avec une mixité sociale importante et entouré de nombreux immeubles, d’entreprises et de commerces, et le Théâtre des Louvrais à Pontoise implanté dans un quartier populaire et défavorisé.

Cette situation particulière a permis à ce dernier d’accueillir régulièrement les activités associatives du quartier durant les années qui ont suivies sa construction, jusqu’à s’amenuiser progressivement avant la transformation en scène nationale en 1990. Cette scission entre les activités du quartier et la scène nationale a été mal vécue par les acteurs associatifs locaux et appelle aujourd’hui à une reconstruction du dialogue.

En 1995, Le Théâtre des Louvrais ferme ses portes dans l’attente d’une future rénovation.
Sous la direction de Jean Joël Le Chapelain, à partir de 1999, les deux théâtres sont réunis sous le nom de "L'apostrophe", et le Théâtre des Louvrais ré-ouvert pour l’occasion à partir de janvier 2000.

Implanté dans un quartier particulièrement défavorisé, l’absence de vie du Théâtre des Louvrais en dehors des temps de représentation est fortement critiquée par l’ensemble des tutelles et des populations locales qui fréquentent peu le lieu.

A la suite d'un incendie volontaire en 2005, durant "les émeutes des banlieues", le Théâtre des Louvrais fermera à nouveau ses portes jusqu'en mars 2007, obligeant l'équipe de la scène nationale à inventer deux "saisons nomades" soutenues par les tutelles et les structures culturelles locales. Cet acte criminel, s’il est isolé, est significatif des enjeux attendus sur ce lieu.

Depuis 1999, le projet artistique de L’apostrophe permet la rencontre entre les publics et les œuvres de l'esprit portées par les artistes en se déclinant selon plusieurs axes :
• une programmation pluridisciplinaire contemporaine, avec une grande place laissée à la danse
• une forte politique de partenariats départementaux et la construction de réseaux entre la scène nationale et des structures plus légères qui mutualisent leurs réflexions et leurs programmations : Escales danse en Val d'Oise devenue scène départementale conventionnée danse en 2017, Périphérique Festival des Arts mêlés valorisant les formes hybrides, un cycle Théâtre & Politique, Viva la Vida croisant culture et handicap, le Festival Théâtral du Val d’Oise, le Festival Jazz au Fil de l’Oise…
• l’accueil d’artistes en résidence théâtre, danse et musiques improvisées sur plusieurs saisons
• une action culturelle territoriale ambitieuse portée par de multiples dispositifs en milieu scolaire en lien avec le Rectorat de Versailles, faisant de L’apostrophe le second pôle en France sur ce champ.
La scène nationale a su s’entourer d’un public fidèle d’abonnés habitué à une programmation exigeante, et a développé un lien fort avec le public scolaire en s’appuyant très fortement sur l’Education Artistique et Culturelle.

Parallèlement, dès la fin des années 80, le Théâtre 95 s’installe dans les anciens locaux de l’Ecole Nationale d’Art. Joël Dragutin, directeur, metteur en scène et auteur, commence un travail théâtral autour des mythologies contemporaines qui animent les différents acteurs de Cergy-Pontoise.

Durant les années 2000, Joël Dragutin souhaite définir et développer un projet artistique appuyé sur trois piliers :
• la participation du public à toutes les étapes de la vie du théâtre
• l’ouverture à des auteurs et des créations contemporaines qui scrutent les mutations à l’orée du siècle
• l’espace de forum et de débat autour des symptômes de la crise de la société.
Dans la réalité, le projet n’a pas véritablement su construire un public fidèle et identifié.

En 2012, dans le cadre de la revalorisation du quartier de Cergy-centre, le Théâtre 95 voit la construction d'une nouvelle salle, "Visconti", qui vient compléter la salle historique "Arendt" et la rénovation de l’ancien bâtiment.

En 2017, une partie de l’ancien bâtiment est transformé en restaurant indépendant doté d’une petite scène : Le Café de la Plage (en écho à l’ancien espace bar du Théâtre 95 du même nom).

Depuis janvier 2018, le Théâtre 95 est le nouveau siège social de la scène nationale qui gère trois lieux : le Théâtre des Louvrais, le Théâtre 95 et le Théâtre des Arts
Ce dernier devrait être rétrocédé au Conservatoire de Cergy-Pontoise dans deux saisons à l’issue de travaux nécessaires au Théâtre 95.
En 2019, la nouvelle scène nationale gèrera le Théâtre des Louvrais à Pontoise et le Théâtre 95 à Cergy-centre.

Aujourd’hui, l’équipe de la nouvelle scène nationale est répartie temporairement sur deux lieux. Direction, relations publiques, accueil et communication ont investis les locaux du Théâtre 95, tandis que l’administration, la technique et la production sont restés au Théâtre des Arts.